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L'exil fiscal : à qui profite le crime ?


Bien que démentie par le top-model, la rumeur de l'installation à Londres de Laetitia Casta pour raisons fiscales a relancé la polémique en France sur le poids de nos impôts par rapport à nos voisins européens et mis en lumière une recrudescence des délocalisations de fortune. En effet, les grosses fortunes françaises n'hésitent plus à s'exiler pour échapper à l'impôt de solidarité sur la fortune, aux droits de succession et à la taxation sur les plus-values. Le ministère des Finances, sans avoir voulu chiffrer l'importance du mouvement, n'a d'ailleurs pas nié cette réalité. Les experts ont évalué à 1,6 milliards de francs le manque à gagner en 1999 en matière d'ISF (sur 13 milliards que rapporte cet impôt).

Selon Bercy, la moitié des délocalisations de fortune se ferait en direction de la Suisse, l'autre moitié en direction de la Belgique, du Royaume-Uni et des Etats-Unis. Si la Suisse est plus prisée pour les retraités et les héritiers, la Grande-Bretagne attire, à l'instar du top-model corse Laetitia Casta, des footballeurs ou des créateurs de start-up.

"Shopping fiscal" outre-manche

Les Français basés en Grande-Bretagne constituent désormais le plus gros contingent de fortunes étrangères dans ce pays. L'absence d'impôt sur la fortune, des charges patronales et l'impôt sur les sociétés moins élevés (le taux d'imposition sur les bénéfices s'élève à 31 % contre 36,6 % en France) et un taux supérieur d'imposition à l'IR moindre (il est de 40 % contre 56 % en France) font que les grandes fortunes sont mieux loties de ce côté du Channel.

Mais c'est surtout pour les expatriés que le régime fiscal britannique est très avantageux. En effet, grâce à la très subtile notion de "résidents non domiciliés", les non-britanniques peuvent défiscaliser une partie substantielle de leurs revenus. Il est en effet, tout-à-fait possible d'établir sa résidence au Royaume-Uni sans que le fisc local ne considère que le domicile fiscal y soit établi. Il suffit de prouver la réalité de son départ à son fisc d'origine (ce qui suppose de passer plus de six mois hors de France) et de ne plus y avoir le centre de ses intérêts économiques. Dans ce cas, les résidents qui ne sont pas fiscalement domiciliés au Royaume-Uni ne sont assujettis à l'impôt que sur leurs seuls revenus de source britannique. Ainsi, les mannequins ou les stars de la chanson qui se produisent un peu partout dans le monde ne sont donc imposés que sur une petite partie de leurs revenus.

"Middle class" s'abstenir

Si le système britannique est particulièrement avantageux pour tous ceux dont le nom figure sur la "Rich list" publiée récemment par le Sunday Times, il n'est pas en revanche particulièrement généreux pour les revenus moyens. D'autant plus que les charges locatives sont deux à trois fois plus élevées à Londres qu'à Paris, sans parler des frais de scolarité et de santé largement plus lourds qu'en France et qu'en outre, le système du quotient familial qui allège considérablement l'impôt aux familles n'existe pas outre-manche.

Niveau d'impôts français à relativiser

Il n'est donc pas sûr que tous les Français trouvent leur compte à s'expatrier. S'il n'est pas contestable que le taux de prélèvements obligatoires en France est supérieur à ceux qu'affichent les grands pays industrialisés (il a atteint un niveau record l'année dernière, s'élevant à 45,6 % du PIB), une récente étude de l'OCDE souligne qu'il faut comparer les poids des prélèvements avec les reversements sociaux : autrement dit analyser la différence entre ce que les foyers versent et ce qu'ils reçoivent de la part des organismes publics. Dans ce type de comparaison la France est plutôt bien placée par rapport à ses voisins européens. Le poids du financement public de la protection sociale française est sans équivalent.

Selon une étude du Poste d'expansion économique de l'ambassade de France à Londres, intitulée "Le shopping fiscal et social au Royaume-Uni : du mythe à la réalité", pour un couple avec deux enfants, le régime britannique s'avère intéressant à condition de disposer d'un revenu annuel de 1,2 million de francs au minimum !

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